Jeudi 30 septembre 2021 - 14h42

Résumé N°: CO_19

Infections à bactéries multirésistantes (BMR) chez les transplantés hépatiques : impact sur la mortalité et facteurs prédictifs

J. Fatseas*, F. Saliba, G. Pittau, C. Valérie (Martigues, Villejuif)

Introduction : La population de transplantés hépatiques est à haut risque d’événements infectieux notamment bactériens avec une augmentation de la morbimortalité associée dans les premiers mois après transplantation hépatiue (TH). La multirésistance bactérienne aux antibiotiques est en augmentation progressive mais variable selon le centre et le pays. Les facteurs de risque d’infections à bactéries multirésistantes (BMR) de cette population sont peu connus. Les données disponibles sont spécifiques d’un germe ou d’une épidémiologie.

Patients et méthodes ou matériels et méthodes: Il s’agit d’une étude rétrospective, observationnelle, mono centrique à l’hôpital Paul Brousse (Paris) de 2014 à 2017. Tous les patients transplantés durant cette période étaient inclus. La prise en charge était protocolisée et les critères d’infection bien définis. L’objectif principal était d’évaluer la mortalité associée aux infections à BMR dans l’année après la TH. Les objectifs secondaires étaient d’évaluer la morbidité (durées d’hospitalisations) ainsi que les facteurs de risque associés à ces infections. Nous avons aussi pu étudier l’épidémiologie locale.

Résultats : 403 patients transplantés d’âge moyen 51,4 ± 14,7 ans dont 65,3% étaient des hommes, étaient recrutés dans l’étude. 147 patients (36,5%) ont développé au moins un épisode infectieux, dont 42 (28%) avec au moins un épisode infectieux par une BMR (63% avaient des BLSE, 15% de Carbapénémases, 13% de P. Aeruginosa résistant à l’Imipenem, 4% d’A. Baumanni résistant aux carbapénèmes et 2% de SARM). Le délai médian de survenu du premier épisode infectieux était de 15 jours.
La survie à 1 an des patients « Infectés à BMR » était significativement plus faible que celle des « non infectés à BMR » (non BMR et non infectés), respectivement (76% vs. 96% ; p<0,0001). Dans l’analyse multivariée, le critère « infecté à BMR » était très significativement associé à la mortalité à 1 an (OR = 3,49, [IC 95% 1,48;8,23], p=0,004). L’infection à BMR était significativement associée à un allongement de la durée d’hospitalisation en réanimation (34,1 ± 40,3 vs 10,2 ± 11,6 ; p=0,0001) mais pas de la durée d’hospitalisation en service conventionnel (18,2 ± 16,2 vs 15,3 ± 8,5 ; p=0,21). En analyse multivariée, les facteurs de risque d’infection à BMR sont la colonisation à BMR (OR=5,38 [IC 95% 2,83 ; 10,22], p< 0,0001), l’encéphalopathie hépatique pré-greffe (OR = 2,58, [IC95% 1,01-6,53], p=0,046) et la reprise chirurgicale en post-greffe (OR = 2,32, [IC95% 1,20-4,48], p=0,012).

Conclusion : La survenue d’une infection à BMR impacte fortement la mortalité à 1 an après TH. La colonisation à BMR préalablement à la greffe, l’encéphalopathie/coma hépatique en pré greffe et la reprise chirurgicale après transplantation étaient des facteurs majeurs de développement d’une infection à BMR en post-greffe. Elle encourage le dépistage systématique du portage à BMR, au plus grand respect des règles d’hygiènes et des bonnes pratiques d’antibiothérapie avant et après la TH.
L’auteur n’a pas transmis de déclaration de conflit d’intérêt
Remerciements: A l’équipe de Paul Brousse et Notamment au Pr Saliba

Références : Watt K. D. S. et al. American journal of Transplantation 2016
Données RAISIN – Réseau BMR 2016
Barbier et al. J Antimicrob Chemother 2016
Fernandez J. et al. J. Hepatol 2019
Friedrich et al. Journal of GI and Liver
Diseases 2019
Singh N. et al. Liver transplantation 2001
EASL Guidelines – Liver transplantation 2014
EUCAST 2018

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