Vendredi 1er octobre 2021 - 16h18

Résumé N°: CO_42

Evaluation multimodale des troubles neurocognitifs dans une cohorte prospective de patients avec maladie chronique du foie : dans un tiers des cas le diagnostic n’est pas une encéphalopathie hépatique !

P. Sultanik*, M. Rudler, A. Santiago, L. Kheloufi, C. Bouzbib, S. Mouri, A. Plessier, R. Sobesky, A. Coilly, D. Galanaud, V. Navarro, N. Weiss, D. Damais-Thabut (Paris, Clichy, Villejuif)

Introduction : L’encéphalopathie hépatique minime (EHM) reste difficile à diagnostiquer. Les patients (pts) avec une maladie chronique du foie (MCF) sont par ailleurs à risque de présenter d’autres maladies neurologiques. Un diagnostic précis de troubles neurocognitifs peut être nécessaire chez des pts en projet de greffe hépatique, pour accélérer le processus en cas d’EH ou éliminer une autre cause neurologique.
L’objectif de ce travail était, grâce à une exploration multimodale, de déterminer la cause des plaintes neurocognitives chez des pts avec MCF adressés pour suspicion d’EHM dans notre hôpital de jour spécialisé (HDJ-BLIPS).

Patients et méthodes ou matériels et méthodes: Analyse rétrospective de la cohorte prospective des pts adressés en HDJ-BLIPS. Une exploration multimodale était effectuée en HDJ-BLIPS, avec un examen clinique par des médecins séniors (un hépatologue et un neurologue), des tests neurocognitifs standardisés effectués par un neuropsychologue, des biomarqueurs sanguins, un EEG et une IRM cérébrale multimodale avec spectroscopie. Tous les facteurs d’agression cérébrale étaient recherchés. Le diagnostic final était posé collégialement lors d’une réunion pluridisciplinaire.

Résultats: 123 pts ont été adressés pour suspicion d’EHM entre Mars 2018 et Mai 2021: 76% avaient une cirrhose (alcool/MASH/virus/autre : 59/58/18/8%), 23% avaient une maladie vasculaire du foie, et 1% une autre cause de MCF. 70% des pts avaient un antécédent d’EH, 90% étaient traités.
89% des pts avaient au moins 1 trouble neurocognitif : troubles du sommeil(75%), de la mémoire(70%) ou de l’attention(56%). 72% des pts avaient au moins 1 facteur de risque de troubles neurocognitifs autre que l’EH: diabète(39%), obésité(33%), psychotropes(24%), consommation active d’alcool(8%), antécédent d’agression cérébrale traumatique(8%)/ischémique(9%).
Le diagnostic d’EHM a été posé chez 81 pts(66%). Parmi eux, 75% avaient au moins 1 autre cause potentielle de trouble neurocognitif: dysthymie(38%), séquelle d’agression cérébrale(25%), atteinte spécifique de l’alcool(10%), pathologie neurodégénérative(10%).
Pour 42 pts(34%), le diagnostic d’EH n’a pas été retenu. Chez 7 pts(11%), aucun trouble neurocognitif n’était finalement détecté. Chez les autres patients, les principales causes retenues pour les troubles neurocognitifs étaient: atteinte vasculaire(50%), dysthymie(31%), autres troubles psychiatriques(10%), agression cérébrale(10%), atteinte spécifique de l’alcool(5%), pathologie neurodégénérative(5%). 20% des patients avaient plusieurs causes.
En analyse multivariée, le seul facteur indépendamment associé au diagnostic d’EHM était l’obésité (p=0,04).

Conclusion: Un tiers des patients avec une maladie chronique du foie adressés pour troubles neurocognitifs présente un autre diagnostic que l’EHM. L’origine des troubles est souvent multifactorielle. Parmi les autres diagnostics retenus, on retrouvait des pathologies neurodégénératives, mais aussi des étiologies ayant un traitement spécifique.

L’auteur n’a pas transmis de déclaration de conflit d’intérêt

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