Vendredi 1er octobre 2021 - 16h30

Résumé N°: CO_43

Une faible consommation d’alcool influence négativement la survie au cours de la cirrhose liée à l’alcool compensée: analyse de la cohorte CIRRAL

A. Louvet*, C. Chaffaut, I. Archambeaud, F. Oberti, L. D'Alteroche, T. Dao, C. Moreno, JC. Duclos-Vallée, D. Roulot, R. Moirand, E. Nguyen-Khac, S. Chevret, N. Ganne-Carrié (Lille, Paris, Nantes, Angers, Tours, Caen, Bruxelles, Villejuif, Bobigny, Rennes, Amiens)

Introduction: Au cours de la cirrhose liée à l’alcool, l’absence de sevrage est associée à une moins bonne survie à long terme bien que les données soient basées sur des études anciennes. Aucune étude n’a évalué spécifiquement quelle quantité d’alcool majorait le risque de complications graves. Notre but était de rechercher les facteurs associés aux événements hépatiques et à la survie dans une cohorte multicentrique de patients présentant une cirrhose liée à l’alcool.

Patients et méthodes ou matériels et méthodes: Tous les patients de la cohorte prospective CIRRAL(1) ont été inclus (présentant une cirrhose liée à l’alcool compensée et prouvée histologiquement). Le critère de jugement principal était la survie à 5 ans. Les événements retenus étaient : transplantation hépatique, décompensation (ascite, hémorragie digestive ou encéphalopathie) ou carcinome hépatocellulaire (CHC). Les effets pronostiques sur la survie brute et sans événement des caractéristiques des patients ont été estimés par des modèles de Cox multivariés avec sélection en pas à pas selon le critère AIC. La consommation d’alcool au cours du suivi, quantifiée en verres/semaine-années par analogie à la quantification du tabagisme en paquets-années, a été introduite dans le modèle de Cox comme variable dépendant du temps.

Résultats: De 2010 à 2016, 650 patients ont été inclus dans 22 centres avec les caractéristiques suivantes (médiane avec distance interquartile ou pourcentage) : âge 58,4 (51,2-64,3) ans, sexe masculin 67,4%, IMC 27,5 (24-31) kg/m², score de Child-Pugh score A 98,3%, antécédent de décompensation 65,3%, sevrage à l’inclusion 69,2%. A 5 ans, l’incidence cumulée de toute reprise d’alcool était de 51,4%. Au cours du suivi, 153 décès ont été observés, dont 64 (42%) en lien avec la cirrhose et 18 (12%) avec un CHC. La survie à 5 ans était de 74,6%. Les facteurs indépendants de mortalité étaient les plaquettes HR 0,996 (IC95%, 0,993-0,999, p=0,003), le score de Child-Pugh >A5 HR 2,05 (1,40-2,99, p<0,001), l’âge HR 1,02 (1,01-1,04, p=0,009) et la consommation d’alcool au cours du suivi quelle qu’elle soit HR 1,67 (1,20-2,33, p=0,003). Une diminution de risque non significative était observée pour la consommation de café HR 0,694 (0,474-1,016, p=0,06). Des résultats similaires étaient observés pour la survie sans événement avec cette fois un effet significatif de la consommation de café HR 0,62 (0,453-0,85, p=0,003). Un effet négatif de la consommation d’alcool sur les deux critères de jugement était observé, avec un risque d’événement augmentant rapidement dès une valeur très faible de 1 verre/semaine-année, correspondant par exemple à la consommation d’un verre par semaine pendant un an (figures).

Conclusion: Cette étude prospective suggère que même une très faible consommation d’alcool est associée à un risque de décès ou de décompensation chez les patients présentant une cirrhose compensée. Un sevrage en alcool complet et définitif doit donc être recommandé chez tous les patients cirrhotiques.

L’auteur n’a pas transmis de déclaration de conflit d’intérêt

Références: 1. Ganne-Carrié et al. J Hepatol 2018

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